vendredi 3 avril 2009 |
Par Antoine Parodi,
vendredi 3 avril 2009 à 14:10 - Noisiel et le Val-Maubuée
Daniel Vachez est élu depuis 1977 et maire de Noisiel depuis 1980. On pourrait légitimement penser qu'après tant d'années passées à la tête de la commune, il pourrait souffrir d'une forme de vieillissement de la pensée et des idées.
Un de mes profs, à la fac, avait coutume de dire qu'un individu avait des idées à la mode à trente ans, après avoir lu les ouvrages de précurseurs à vingt ans, et qu'il devenait ringard à quarante ou cinquante ans.
Pourtant, en écoutant l'intervention de Daniel Vachez lors des Assises du Développement durable de Marne-la-Vallée, qui ont eu lieu le 5 février dernier, on est presque surpris par le vocabulaire employé. "Facteur 4", "Réduction de l'empreinte écologique", "Géothermie", "Isolation par l'extérieur", autant de termes -et j'en passe- qui lui étaient totalement inconnu il y a encore deux ou trois ans. Quand je suis devenu conseiller municipal à Noisiel en 2001, Daniel Vachez n'avait intégré aucun élément du vocabulaire des écologistes, et donc aucun élément de la pensée verte.
Effet Grenelle de l'environnement ? Diffusion dans la société de nos idées ? Peu importe, le fait est là : il sait parler écolo, au moins en partie.
Pourtant, passé le premier effet, il y a comme un malaise.
Les actes n'ont absolument pas suivi l'évolution des mots. Quelques exemples ci-dessous :
- en 2005, une école a fermé et a été transformée en Maison de l'enfance. Dans aucun cahier des charges de travaux ne figure la moindre exigence, ni la moindre mention de critères de qualité environnementale, ni dans la conception du bâtiment, dans son isolation, ni dans la gestion de l'eau, ni dans les économies d'énergies, etc...
- vient d'être inauguré un énième rond-point, qui a coûté la modique somme de 400 000 euros, officiellement destiné à "sécuriser" le passage des voitures. Dans les faits, il ne ralentit rien du tout, hormis les bus, et à obligé à supprimer la piste cyclable sur trente mètres.
- le quartier de la Ferme du Buisson connaît la construction de 250 logements, dont la moitié est terminée depuis moins d'un an. Aucun de ces nouveaux bâtiments n'a fait preuve d'un traitement écologique dès la conception. Ils se contentent de respecter la norme d'isolation en vigueur aujourd'hui, norme qui sera abaissée un peu en 2012 ! Ces logements seront donc énergétiquement obsolètes dans trois ans ! Du neuf ringard en moins de cinq ans, c'est un exploit !
- alors que le plan de déplacements local est en cours d'achèvement, aucune initiative n'a été prise en matière de plan de déplacement administratif (hors de nombreux agents habitent sur le secteur, et pourrait venir travailler autrement qu'avec leur véhicule individuel). Au lieu de celà, le maire a inauguré un magnifique parking, qui a coûté environ 7 500 euros la place ! Et je ne parle pas du blocage du projet de réaménagement de la gare et ses alentours...
- en matière de développement économique, on continue les bonnes vieilles recettes, avec la création de la ZAC de Lamirault à Croissy-Beaubourg, qui accueillera les mêmes activités écologiquement non-durables que les autres zones, tandis qu'à Sénart, ce sont 5 000 emplois qui se créent sur l'Ecopôle, une zone d'activités entièrement consacrée aux éco-activités (panneaux solaires, artisanat de l'isolation...) et au commerce du bio.
- dans le budget 2009 de la commune, 200 000 euros sont prévus pour les économies d'énergie. On pourrait croire au traitement de certains bâtiments pour les rendre moins énergivores (la ville dépense chaque année 800 000 euros en eau, électricité, gaz et carburant). Non, il ne s'agit essentiellement que de l'installation de cellule pour permettre aux lumières de ne s'allumer uniquement en présence de personnes. C'est une bonne chose, mais on attendait plutôt une politique globale.
- les réseaux d'éclairages publics sur les grands axes sont progressivement rénovés. C'est bien, mais on continue d'éclairer certains parkings municipaux fermés la nuit !
Je pourrais continuer les exemples pendant des pages et des pages. La leçon de tout celà est simple. Il ne suffit pas d'adopter un langage à la mode. Il ne suffit de dire que la planète va mal. Il ne suffit même pas de dire ce qu'il faudrait faire. Quand on est en position d'agir, il faut agir, en se donnant les moyens de le faire.
Daniel Vachez est un homme sincère. Il a intégré que les enjeux climatiques, énergétiques étaient importants. Mais il n'a pas saisi combien nous allions devoir changer pour être à la hauteur. Il n'a pas saisi que les aménagements à la marge seraient dérisoires.
Le slogan de la campagne des Verts en 2007 était "La Révolution écologique : on ne fera pas d'écologie sans les écologistes". Tristement toujours d'actualité...
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samedi 13 décembre 2008 |
Par Antoine Parodi,
samedi 13 décembre 2008 à 21:43 - Noisiel et le Val-Maubuée
Ce titre, qui a le mérite d'annoncer la couleur, figure sur la couverture d'un magazine, dont j'ai vu récemment la pub dans le RER. L'écologie, ça sert à se donner bonne conscience ! Surtout pas à changer de mode de vie pour passer à des semaine moins stressées, plus saines, plus vivantes.
A la décharge de Psychologies Magazine (car c'est de lui dont il s'agit), on donne parfois le bâton pour se faire battre.
Ce matin, je suis allé au marché de Torcy pour y faire mes achats de fruits et légumes auprès du maraîcher qui vend, pour pas très cher (et souvent moins que les produits made in Rungis). Ma voiture étant en panne, j'ai naturellement choisi : le bus ! Ça tombe bien, la ligne 220 qui passe au RER de Noisiel est à 2 minutes de chez moi, et le marché de Torcy face à l'arrêt du même 220 en plein centre ville.
Je pressens que la fréquence de passage, déjà peu élevée aux heures creuses en semaine, est bien plus réduite le week-end. Ratp.fr me confirme mon pressentiment, en m'indiquant une fréquence de près d'une demie-heure !
Au final, j'aurai mis à peine plus de temps qu'en voiture, compte-tenu des temps de trajet et de stationnement. Mais comment voulez-vous attirer une partie des voyageurs vers le bus pour des trajets courts internes au Val-Maubuée, avec la certitude d'attendre dans le froid un bus hypothétique ? Au retour, une dame a demandé à notre conducteur d'appeler le centre bus pour vérifier qu'il n'y avait pas de problème dans le sens contraire. Une personne attendait en face depuis 35 minutes !
Je lisais la semaine dernière les conclusions du cabinet conseil que le San du Val-Maubuée a choisi pour l'élaboration de son Plan Local de Déplacement (lancé il y a seulement 7 ans : quelle volontarisme politique exemplaire !). En matière de réseau bus, l'audit s'enferre dans la construction d'un réseau structuré, avec intégration des triples fonctions de rabattement vers les gares RER, de dessertes des quartiers et de circulation interne. Mais pas un seul instant il ne mentionne l'impératif majeur qui est d'augmenter le nombre de passages et de cadencer les lignes. Pas un seul instant il n'imagine la possibilité de fondre les 7 lignes actuelles pour créer cinq ou six lignes à forte qualité de service.
La ville de Noisy-le-Grand bénéficie du passage de six lignes de bus, toutes très fréquentes. L'une d'entre elle, la 320, sert de rabattement de tous les quartiers vers la gare RER. Les autres relient la commune aux grandes villes et gares environnantes. Pourtant, Noisy-le-Grand est moins peuplée que le Val-Maubuée (62 000 habitants contre 85 000), est moins densément peuplée (11 000 habitants au km² d'habitat contre plus de 13 000 pour le Val-Maubuée).
Pourquoi le "coeur de Marne-la-Vallée", comme le proclame fièrement les affiches de com' du SAN, est-il sous-équipé par rapport à d'autre ?
Pourquoi, sans lien bien sûr avec la question précédente, il s'est écoulé 18 mois depuis la publication du rapport de diagnostic sur la gare de Noisiel sans que rien ne soit entrepris ?
En attendant Godot, il faut être militant ou faire partie des 20% de la population qui ne possède pas de voitures, pour oser prendre le bus sur le Val-Maubuée ! Heureusement, le parking du nouveau Decathlon est magnifique !
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mercredi 22 octobre 2008 |
Par Antoine Parodi,
mercredi 22 octobre 2008 à 09:00 - Noisiel et le Val-Maubuée
"D'un point de vue technologique, c'est un grand pas en avant !"
Cette phrase était prononcée dans un jeu vidéo de la console que j'avais étant plus jeune, à chaque fois que l'on arrivait à faire évoluer le monde que l'on contrôlait. Il s'agissait très classiquement de développer un château à travers les âges, en obtenant à chaque fois des possibilités nouvelles et des armements nouveaux, pour conquérir un territoire.
"D'un point de vue productiviste, c'est un grand pas en avant !"
On pourrait prononcer cette phrase à propos du Val-Maubuée, après l'ouverture quasi-simultanée d'un magasin Decathlon et du 63ème KFC (Kentucky Fried Chicken) de France.
Je n'ai rien contre ces deux enseignes, même si la critique de la société où produits de consommation, alimentation, loisirs et détente passent systématiquement à travers une logique marchande, standardisée, embalée sous plastique, asceptisée.
On a donc Decathlon. 7 500m² de hangar aménagé (sans norme écologique du point de vue de la construction, entraînant des charges de fonctionnement importantes), avec un grand parking autour.
On a donc KFC. 450m² d'espace de restauration (sans norme écologique du point de vue de la construction, entraînant des charges de fonctionnement importantes), avec un grand parking autour.
Le parking est indispensable, puisque ces deux enseignes se situent à 20' à pieds de la station RER la plus proche, et à 15' à pieds du centre ville de Lognes. En revanche, le Leroy-Merlin est en face de la 2x2 voies (avec fleurissement sur le terre-plein central). L'autoroute A4 est en contrebas du talus.
La quasi totalité des élus du secteur est content de ces deux ouvertures. Au nom de l'emploi bien sûr, puisqu'on parle là de 150 à 200 embauches de jeunes. Au nom du "développement économique", expression qui recouvre dans les faits essentiellement le taux d'évolution des bases de taxe professionnelle sur un secteur. Au nom du remplissage des zones d'activités.
Pendant ce temps, d'autres villes de France et d'Europe font d'autres choix. Celui d'un développement économique fondé sur des logiques de bassins d'emplois, d'intégration des filières, de circuits courts de production et de consommation.
Mais pour celà, il faudrait choisir l'écologie ! En rejoignant par exemple l'appel au rassemblement des écolos à travers les liste Europe écologie.
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jeudi 18 septembre 2008 |
Par Antoine Parodi,
jeudi 18 septembre 2008 à 12:53 - Noisiel et le Val-Maubuée
Cette expression, qui n'est pas de moi, mais de lui, correspond assez bien à l'appel à projet que l'Epamarne, l'aménageur de Marne-la-Vallée, a lançé pour urbaniser une nouvelle partie de la Cité Descartes, à Champs-sur-Marne.
Cet appel à projets, vous pouvez le télécharger ici, il se lit en une minute.
Je le qualifierai d'emblématique. Emblématique de la pensée majoritaire de la plupart des acteurs politiques et économiques de Marne-la-Vallée.
Il s'agit de la commercialisation de 150 000m² de surfaces tertaires, dans le cadre d'un Appel à Projet International. Que dit le Cahier des charges ? Pas grand chose. Il se découpe essentiellement en trois parties, plus ou moins prescriptives.
Les obligatoires :
Un projet architectural emblématique
Les Interdits :
Programme apportant des nuisances à l’environnement
Les possibles :
Programmation en lien direct avec le thème du développement durable (exemples : Banque mondiale du développement durable avec bourse d’échange du CO2, Centre de recherche d’un grand groupe automobile pour des véhicules propres, etc...)
Et après, on s'étonne que les engagements du Grenelle de l'environnement soit facilement foulés aux pieds, sans que celà mette les rues des grandes villes de France à feu et à sang, alors même que ces engagements n'auraient permis, au mieux, que de rattraper le retard pris sur les autres pays européens !
Pourquoi, dans ce cahier des charges, on ne trouve pas des prescriptions volontaristes sur la conception même des bâtiments, en terme de niveau d'efficacité énergétique, de confort de vie, de qualité écologique des matériaux, d'intégration de normes environnementales (parkings vélos surveillés, circuits de flux de matériaux et de personnes optimisés...) ?
Marne-la-Vallée, et notamment la plupart des acteurs de la Cité Descartes, se glorifient de participer aux activités du Pôle de Compétitivité Advancity (ville et mobilité durables). Les élus du Val-Maubuée sont en extase quand on leur parle du projet de Maison à énergie positive sur le campus de l'Université de Marne-la-Vallée.
Mais quand il faut changer d'échelle et passer à une écologisation de tous les projets, de toutes les décisions, les sourires et les bonnes volontés se dissipent.
Pourtant, c'est à la portée technique et économique de la ville nouvelle. Prenons l'exemple de ce qu'on su faire les élus de Grenoble, en participant au projet européen Concerto, lors de la construction de la ZAC De Bonne, qui comprend aussi une partie tertiaire. Les chiffres sont éloquents (dossier de presse ici) : comparé à un bâtiment tertiaire qui se contente de répondre aux normes en vigueur, le bâtiment écologique rapporte 43 500 € par an, en raison de la production locale d'énergie photovoltaïque, et de la revente du surplus non-consommé. Le surinvestissement, de 10% par rapport à un bâtiment classique, est amorti en moins de cinq ans ! Quant aux charges locatives, elles sont six fois inférieures !
Serions-nous moins compétents, moins écologistes à Marne-la-Vallée qu'à Grenoble ? Je donne cet indice en réponse : à Grenoble, le projet de ZAC écologique et de bâtiment à énergie positive a été porté par Pierre Kermen, ex-adjoint Vert à l'urbanisme, contre l'avis de la plupart des élus socialistes, à commencer par le maire, et sous les regards amusés des élus UMP.
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lundi 21 juillet 2008 |
Par Antoine Parodi,
lundi 21 juillet 2008 à 17:26 - Noisiel et le Val-Maubuée
Celà fait près d'un an que la Ville de Noisiel a rendu public les résultats de SON action fléchée « développement durable, dont elle fait la publicité partout où elle le peut, notamment auprès des autres collectivités locales.
La thermographie termique consiste en la réalisation d'une photograpie par hélicoptère des déperditions énergétiques des bâtiments. Au premier abord, on pourrait trouver l'idée intéressante. Ce n'était pas mon cas quand elle a été réalisée, mais chacun sait que je suis taquin ! Mais, dans la mesure où les déperditions par la toiture représentent environ un tiers de la perte de chaleur d'un bâtiment, il paraissait bon de s'intéresser d'abord à elle. D'autant que les résultats sont éloquents : la plupart des toitures de Noisiel ressemblent davantage à des passoires énergétiques !
Oui, mais voilà ! Faire une photo, même transposée de manière interactive sur une page web, ça ne modifie pas l'existant ! On a là un exemple extrèmement symptomatique du problème auquel on à faire avec la majeure partie des responsables politiques locaux de Marne-la-Vallée, du Parti socialiste comme de l'UMP. Ils sont trop souvent séduit par le phénomène de l'écoblanchiment, c'est à dire l'utilisation des mots et des références du programme écologiste, sans une miette de réduction concrète de notre empreinte écologique.
Revenons sur la thermographie. Elle a coûté à la commune plus de 40 000 € pour entériner un fait déjà connu. Cette somme aurait pu être utilisée directement pour aider la population à mieux isoler son habitat. Au lieu de cela, le Parti socialiste de Noisiel a préféré adopter une attitude très libérale en s'en remettant à la main invisible, en organisant une réunion d'information sur les résultats sans aucun suivi derrière.
Le Conseil régional de Picardie montre qu'une autre voie est possible. Son vice-président aux finances et aux politiques territoriales a mis en place en 2005 un prêt à taux zéro pour aider les particuliers à isoler la toiture de leur pavillon individuel (ce qui concerne la majeure parrtie des habitations de cette région rurale). Concrètement, la région prend en charge les intérêts d'emprunts et les frais de dossier, quand les particuliers financent uniquement l'opération, pour un plafond de 6 500 €. Or, cela ne coûte en réalité rien aux ménages, puisque l'amortissement, en général sur 7 ans, est compensé par les économies de chauffage. L'autre avantage est que les ménages peuvent lancer tout de suite les travaux sans avancer d'argent, contrairement aux subventions, perçues en général après la réalisation des travaux.
Noisiel a dépensé 40 000 € pour ne pas économiser une goutte de pétrole ou le moindre kilowattheure. Avec cette somme, on aurait pu financer l'isolation de la toiture d'une quarantaine de pavillons de la commune, soit près de 3% du parc de logements individuels. Sur la durée du mandat, on pourrait donc s'attaquer rien qu'avec cette somme annuelle (0,2% du budget annuel de fonctionnement de la commune) à 18% de la consommation énergétique des logements individuels, aboutissant à une réduction des consommations de 5% pour le total, mais de 30% pour les bénéficiaires !
Avec une facture annuelle de 1 000 € de chauffage, les particuliers qui bénéficient de ce système économisent 300 € par an, soit le montant évoqué par Ségolène Royal d'augmentation (magique ?) de la prime à la cuve en ponctionnant (comment ?) Total.
Je proposerai à la rentrée à mon groupe d'élus « Noisiel, nouveau souffle » de travailler sur cette question pour proposer à Noisiel et au Val-Maubuée de mettre en place de tels systèmes, tellement efficaces pour les gens.
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