La vérité sur la couverture du magazine Capital |
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Par Antoine Parodi, jeudi 7 mai 2009 à 15:03 - Réflexions - #218 - rss |
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Le magazine Capital a mis en ligne les « revenus des élus » dans les principaux départements. Le journal Le Monde avait publié quelques données la semaine dernière, concernant le top 5 des personnalités politiques les mieux payées, le champion de France étant Jacques Chirac, qui cumule sa retrait de président, de député, de premier ministre et son indemnité de membre du Conseil constitutionnel, le tout pour un montant de 31 000 euros mensuels. Mais à côté des parachutes dorés à six zéros de certains grands dirigeants des entreprises du CAC 40, il s'agit d'un montant ridicule, peut-on se dire assez spontanément en cette période de récession. C'est ce que s'est dit l'éditorialiste du magazine Capital, qui constate que le niveau de vie des grands patrons n'a rien à voir avec celui des grands élus. D'autant que, selon lui, les intentions louables de raboter les bonus et autres parachutes dorés sont pleines d'hypocrisie, ce qui est enlevé étant immédiatement repris sous d'autres formes. Et l'éditorialiste de conclure « En matière d’hypocrisie, les élus ont trouvé plus fort qu’eux ! ». Je n'aime pas ce genre de dossier tape-à-l'oeil, démagogique au possible. D'autant que Capital se fait une spécialité de mettre en avant les errements de l'État et du secteur public avec des titres écrits en très gros contenant les mots « gaspillages », « gabegie », de manière si systématique et sensationnaliste que l'on finirait par penser qu'ils considèrent que dès l'instant où quelque chose est géré par le secteur public, c'est forcément du gaspillage. Comme si les sièges administratifs des grandes entreprises ne connaissaient pas les mêmes problèmes d'absentéisme, de manque de motivation, de gaspillage, de travaux coûteux ou que sais-je que soulignent chaque mois les articles de ce magazine. Alors, bien sûr, Capital prend soin d'écrire qu'il ne faut pas confondre les grands et les petits élus. Je le dis très clairement, non seulement il ne faut pas les confondre, mais c'est cette différence qui participe du manque de renouvellement de la démocratie et l'enfermement de toute réforme des institutions locales dans les enjeux de reconduction des potentats locaux. L'enterrement programmé du rapport Balladur sur la réforme des institutions, enterrement salué par de nombreux élus de gauche, socialistes en tête, en est une illustration dramatique. Il y a 500 000 élus en France. L'immense majorité d'entre eux ne gagne rien de l'exercice de leur mandat. Dans les communes de moins de 100 000 habitants, l'indemnisation de tous les conseillers municipaux, y compris ceux qui n'ont pas de délégation, n'est pas obligatoire. Ce qui induit que quasiment tous les élus font de la politique de manière bénévole. Le premier réflexe est de dire « tant mieux » ! On ne fait pas de la politique pour gagner de l'argent, quand même. Évidemment. Mais si le principe est bon, la mise en œuvre est mauvaise. Quels sont les élus indemnisés ? Les parlementaires. Les conseillers régionaux et généraux. Les maires. Les présidents de communauté urbaine, d'agglomération et de communes. Les présidents de syndicats intercommunaux. Les maire-adjoints et les vice-présidents d'intercommunalités. Ça concerne combien de personnes ? Entre 150 000 à 200 000 élus, en comptant large. Et combien gagnent-ils ? Entre 250 et 7 000 euros mensuels. Ce qui signifie très clairement qu'entre l'adjoint d'un village de 500 habitants et le maire d'une ville de 200 000 habitants, il y a une réalité fondamentalement différente. Quand le montant de l'indemnité d'élu est suffisante pour pouvoir se passer d'une activité professionnelle, cela change tout, parce que l'on peut se consacrer à son mandat réellement à temps plein. On peut participer réellement à la gestion politique de la collectivité dans laquelle on est élu. La question que ne pose pas le magazine Capital, parce que c'est quand même moins sexy en couverture, c'est quels moyens on se donne pour permettre aux citoyens qui souhaitent faire de la politique de pouvoir concilier vie professionnelle et vie politique. Le Danemark a procédé il a deux ans à une réforme de ses institutions locales, en réduisant le nombre de collectivités, pour permettre aux élus, à dépenses à peu près constantes, d'avoir les moyens de se passer d'activité professionnelle. Sachant que leur législation était déjà très avancée pour faciliter le départ et le retour à la vie professionnelle. Tant que l'on ne posera pas la question des revenus des élus politiques par cette angle là, Capital pourra continuer à faire des couvertures racoleuses. Et l'idée que les élus s'enrichissent sur le dos des citoyens continuera de prospérer. TrackbacksAucun trackback. Les trackbacks pour ce billet sont fermés. |
Commentaires
1. Le vendredi 15 mai 2009 à 13:48, par bernard hernandez
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