Le Président de la République a annoncé hier la réalisation d'un métro souterrain de 120 kilomètres en Ile-de-France, et la validation des projets du Conseil Régional en matière de transports publics.

Il faut dire que la nomination de Christian Blanc au Secrétariat d'Etat à la Région Capitale avait entraîné le gel des projets menés par le Conseil régional sur les transports, faute de soutien par l'Etat, notamment financier, puisque tous les projets sont cofinancés.

La première réaction, logique, à la lecture des annonces présidentielles, est de se féliciter du volontarisme politique de Nicolas Sarkozy. On va enfin s'occuper sérieusement des transports en Ile-de-France, et pas avec des demies-mesures : 20 milliards d'euros pour le métro sarkozien, et une quinzaine de milliards pour les projets du Conseil régional, ça a "de la gueule" !

Mais, à y regarder de plus près, les choses ne sont pas si simples.

1. Le plan de Nicolas Sarkozy n'est en aucun cas financé. Dire on va construire un métro à vingt milliards d'euros est une chose, les trouver en est une autre. En la matière, il ne faut pas compter sur les deniers publics, en période d'explosion du déficit public. Reste l'éventualité d'un partenariat public-privé (PPP), dont le principe est le financement d'un équipement public par le privé, lequel se paye sur l'exploitation du service. Problème : toutes les entreprises du BTP et des transports manquent de cash. Qui, dès lors, va payer ce métro rutilant ?

2. Un métro, il dessert quelque chose. Le tracé actuellement évoqué est avant tout fait pour desservir les projets de pôles de compétitivité et les fameux "clusters", vu par la majorité UMP (le PS étant assez en accord, sur ce sujet) comme des éléments vitaux pour permettre à la région Ile-de-France de concurrencer les autres capitales européennes et mondiales en terme d'attractivité. Ces nouveaux pôles étant le prétexte pour contrecarrer la volonté du Schéma directeur élaboré par les élus régionaux, lequel vise à stopper l'étalement urbain, et à bâtir une agglomération plus compacte, donc moins fracturée et moins sujette à des déplacements interminables. Sauf que l'économie-monde va mal, et qu'elle ne répond pas à l'économie qui fait vivre les 12 millions de franciliens. L'économie des pages saumons du Figaro, c'est très bien, mais quid des emplois Verts liés à la conversion écologique de l'économie, à l'isolation des bâtiments, à l'économie sociale et solidaire (déjà 10% des emplois franciliens aujourd'hui), à la protection de l'environnement, au recyclage...?

3. Quand on regarde le tracé, on est au premier abord surpris par la forme, qui ressemble à un huit, et puis, très vite, on s'aperçoit de choses étonnantes. Ainsi, cette ligne nouvelle pour relier Saint-Denis, Le Bourget, Villepinte et Roissy-CDG, ça s'appelle aujourd'hui le RER B ! Certes, le matériel y est fatigué, les lignes mal entretenues, mais l'Etat n'a pas suivi le Conseil régional, qui a du dégagé tout seul près de 500 millions d'euros pour lancer un programme de rénovation de la ligne et du matériel roulant...

Au final, en lisant entre les lignes, on ne peut qu'être déçu du discours de Nicolas Sarkozy. Les représentations de la modernité, du progrès y semblent davantage influencées par les idées des années 1960-1970 que par celles du début des années 2000. Regardez les dessins du projet de métro au dessus du périphérique parisien. Vous serez surpris d'y reconnaître les monorails des villes du futur des comics des années 1960, avec l'architecture toute arrondie des bâtiments.

Enfin, le Grand Paris de Sarkozy est furieusement centralisé. La création d'un poste au gouvernement spécialement dédié aux projets présidentiels pour "la région capitale" (rien que le nom gomme 25 ans de décentralisation !), ainsi que la méthode d'élaboration, sans aucune information et encore mois concertation avec les acteurs politiques, économiques, sociaux de la région, trahissent une vision jacobine extrémiste du pouvoir d'Etat.

Lequel pouvoir dit aux élus de la majorité PS-Vert du Conseil régional : "en attendant de reprendre la région aux élections de l'année prochaine, on accepte de dégeler vos projets, mais on en les financera pas davantage".

Quelle générosité !

Pour compléter :

la carte du tracé du métro-Sarkozy

la carte des projets de la région

la réaction des Verts Ile-de-France