Antoine Parodi




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Une planète plus verte, un monde plus juste
 

jeudi 30 avril 2009

Un Grand Paris réservé à la "business class", déjà ringard

Le Président de la République a annoncé hier la réalisation d'un métro souterrain de 120 kilomètres en Ile-de-France, et la validation des projets du Conseil Régional en matière de transports publics.

Il faut dire que la nomination de Christian Blanc au Secrétariat d'Etat à la Région Capitale avait entraîné le gel des projets menés par le Conseil régional sur les transports, faute de soutien par l'Etat, notamment financier, puisque tous les projets sont cofinancés.

La première réaction, logique, à la lecture des annonces présidentielles, est de se féliciter du volontarisme politique de Nicolas Sarkozy. On va enfin s'occuper sérieusement des transports en Ile-de-France, et pas avec des demies-mesures : 20 milliards d'euros pour le métro sarkozien, et une quinzaine de milliards pour les projets du Conseil régional, ça a "de la gueule" !

Mais, à y regarder de plus près, les choses ne sont pas si simples.

1. Le plan de Nicolas Sarkozy n'est en aucun cas financé. Dire on va construire un métro à vingt milliards d'euros est une chose, les trouver en est une autre. En la matière, il ne faut pas compter sur les deniers publics, en période d'explosion du déficit public. Reste l'éventualité d'un partenariat public-privé (PPP), dont le principe est le financement d'un équipement public par le privé, lequel se paye sur l'exploitation du service. Problème : toutes les entreprises du BTP et des transports manquent de cash. Qui, dès lors, va payer ce métro rutilant ?

2. Un métro, il dessert quelque chose. Le tracé actuellement évoqué est avant tout fait pour desservir les projets de pôles de compétitivité et les fameux "clusters", vu par la majorité UMP (le PS étant assez en accord, sur ce sujet) comme des éléments vitaux pour permettre à la région Ile-de-France de concurrencer les autres capitales européennes et mondiales en terme d'attractivité. Ces nouveaux pôles étant le prétexte pour contrecarrer la volonté du Schéma directeur élaboré par les élus régionaux, lequel vise à stopper l'étalement urbain, et à bâtir une agglomération plus compacte, donc moins fracturée et moins sujette à des déplacements interminables. Sauf que l'économie-monde va mal, et qu'elle ne répond pas à l'économie qui fait vivre les 12 millions de franciliens. L'économie des pages saumons du Figaro, c'est très bien, mais quid des emplois Verts liés à la conversion écologique de l'économie, à l'isolation des bâtiments, à l'économie sociale et solidaire (déjà 10% des emplois franciliens aujourd'hui), à la protection de l'environnement, au recyclage...?

3. Quand on regarde le tracé, on est au premier abord surpris par la forme, qui ressemble à un huit, et puis, très vite, on s'aperçoit de choses étonnantes. Ainsi, cette ligne nouvelle pour relier Saint-Denis, Le Bourget, Villepinte et Roissy-CDG, ça s'appelle aujourd'hui le RER B ! Certes, le matériel y est fatigué, les lignes mal entretenues, mais l'Etat n'a pas suivi le Conseil régional, qui a du dégagé tout seul près de 500 millions d'euros pour lancer un programme de rénovation de la ligne et du matériel roulant...

Au final, en lisant entre les lignes, on ne peut qu'être déçu du discours de Nicolas Sarkozy. Les représentations de la modernité, du progrès y semblent davantage influencées par les idées des années 1960-1970 que par celles du début des années 2000. Regardez les dessins du projet de métro au dessus du périphérique parisien. Vous serez surpris d'y reconnaître les monorails des villes du futur des comics des années 1960, avec l'architecture toute arrondie des bâtiments.

Enfin, le Grand Paris de Sarkozy est furieusement centralisé. La création d'un poste au gouvernement spécialement dédié aux projets présidentiels pour "la région capitale" (rien que le nom gomme 25 ans de décentralisation !), ainsi que la méthode d'élaboration, sans aucune information et encore mois concertation avec les acteurs politiques, économiques, sociaux de la région, trahissent une vision jacobine extrémiste du pouvoir d'Etat.

Lequel pouvoir dit aux élus de la majorité PS-Vert du Conseil régional : "en attendant de reprendre la région aux élections de l'année prochaine, on accepte de dégeler vos projets, mais on en les financera pas davantage".

Quelle générosité !

Pour compléter :

la carte du tracé du métro-Sarkozy

la carte des projets de la région

la réaction des Verts Ile-de-France


mardi 21 avril 2009

Insécurité : le débat impossible

Christian Estrosi a déclaré ce matin, sur RTL, qu'il y avait « un problème d'insécurité en France, et dans toutes les grandes démocraties et dans tous les grands pays de l'Union Européenne ». Ce qui justifie, selon lui, l'évolution constante de la législation, d'autant que « les délinquants dans les cités, ils lisent eux aussi le code pénal et le code de procédure pénale ». Incroyable !

Le problème, avec la question de l'insécurité, c'est qu'elle mêle des problèmes complexes très différents les uns des autres. Dans une même statistique médiatique (la délinquance en France a baissé de x% ou monté de X%), on regroupe aussi bien des vols avec armes à feu que les arnaques sur des chèques, ou la consommation de cannabis. Trois exemples, pour trois réalités différentes, et trois niveaux de violence pour la société assez différents.

Cela va sembler bien gentil à certains, mais on peut tout de même partir du fait qu'en France, comme dans la plupart des pays européens, on peut sortir de chez soi, circuler, faire des achats, se balader avec des biens de consommation, y compris de valeur, sans majoritairement risquer l'agression, le vol, voire le meurtre. Cette réalité, le caractère majoritairement paisible de notre société, on l'oublie parfois, en se focalisant sur les drames. Je me souviens de cette séquence de l'émission Streap Tease, qui montrait des policiers municipaux français en voyage au Cameroun pour le compte d'une société. Ils venaient pour apprendre à des personnes souhaitant s'engager dans les métiers de la sécurité les techniques de la police française... bien souvent à côté de la plaque face aux attaques de véritables petites armées contre les villas de riches citoyens camerounais...!

Heureusement, en France, les attaques à main armée ne concernent que 6 000 faits sur l'année, à comparer aux près de 4 millions de faits constatés en 2008. Sur ces 6 000 faits, seuls 600 concernent l'attaque de particuliers chez eux. Cela fait tout de même plus d'un par jour, de quoi nourrir les pages faits-divers de la presse locale, et le sensationnalisme des journaux télévisés...

Le coeur de « l'insécurité » en France n'est donc pas dans le grand banditisme et dans les grands réseaux mafieux. Le coeur de « l'insécurité », ce sont les 2 millions de vols qui ont lieu chaque année, à commencer par les vols liés à la voiture, qui concernent chaque année environ 800 000 faits constatés, ainsi que les vols sur les personnes, qui se chiffrent à environ 700 000 faits constatés par an.

Depuis quelques années (et il n'y a clairement pas de césure en 2002...), le vent souffle du côté des « solutions » liées aux technologies. Avec parfois une certaine efficacité. Ainsi, le recours aux technologies de protection a permis de faire reculer le nombre de cambriolages ou de vols de voitures, ces derniers ayant été divisé par trois depuis dix ans.

La vidéosurveillance n'est pas une technologie de protection. Elle est supposée être une technologie de dissuasion, ce qui est tout à fait différent. Un système d'alarme dans une maison, ou le blocage d'un véhicule en cas d'ouverture violente sont des système qui protègent en pratique le bien. Une caméra, en quoi protège t-elle effectivement ?

Emilie Therouin est maire-adjointe d'Amiens, chargée de la Sécurité et de la Prévention des risques urbains. Ce n'est pas commun d'avoir une écolo en charge de telle question, et je vous invite à parcourir son blog pour découvrir qu'entre le liberticide « des caméras partout » et le vide politique du « non à la police », il y a la voie du pragmatisme et de l'innovation politique.

Je vous invite à parcourir son blog pour vous rendre compte à quel point c'est difficile de dépasser les idées reçues, à quel point c'est compliqué de résister aux pressions du gouvernement qui fait tout pour imposer aux collectivités locales la diffusion de la vidéo-surveillance et la transformation des polices municipales en annexes de la police nationale, évolution déjà largement engagée depuis de nombreuses années.


mercredi 15 avril 2009

Les heures supplémentaires contre l'emploi

Alternatives Economiques, soutenu par Marianne, a lancé une pétition contre les heures supplémentaires défiscalisées. Sur l'année 2008, le nombre d'heures supplémentaires déclarées a augmenté d'environ 30% par rapport aux chiffres de 2007, pour un total de 40 millions d'heures supplémentaires en plus réalisées chaque trimestre. En pleine récession, alors que l'INSEE vient de publier une note de conjoncture décrivant une situation gravissime (un recul prévu du PIB de 3% sur l'année, soit deux fois plus que la récession de 1993), cette augmentation des heures supplémentaires paraît fantastique.

Ce qui l'est moins, c'est qu'en jouant avec une calculette, on se rend compte que ces heures supplémentaires ont largement joué contre l'emploi, et contre les finances publiques.

Au 4ème trimestre 2008, les quarante millions d'heures supplémentaires en plus réalisées par rapport au même trimestre en 2007 représente l'équivalent de 90 000 emplois à temps plein. Or, dans le même temps, 115 000 emplois ont été supprimés. De là à dire que les heures supplémentaires ont permis aux entreprises de maintenir une activité sans maintenir les emplois, il n'y a qu'un pas...

Alternatives Economiques souligne le caractère contre-productif du dispositif :

Certes, les salariés effectuant des heures supplémentaires gagnent davantage d'argent, et donc sont source de stimulation de l'activité par leurs dépenses. Mais ils le sont au détriment de ceux qui, à cause des mêmes heures supplémentaires, ont perdu leur job, lesquels consomment moins et donc contribuent à réduire l'activité économique. Si l'on prend en compte les effets d'aubaine des employeurs qui, de toute façon, auraient utilisé des heures supplémentaires et profitent donc de leur détaxation non pour augmenter leur production mais pour en réduire le coût, il est clair que le dispositif est devenu très sensiblement contreproductif.

Les 4 milliards d'euros qu'il coûte à la collectivité ne sont certes pas perdus pour tout le monde, mais ils pourraient être tellement mieux utilisés presque n'importe où ailleurs pour lutter contre la crise, qu'il devient quasi criminel de le maintenir. Le contribuable a mieux à faire que de payer pour supprimer des emplois, l'économie a mieux à recevoir que des subventions qui créent du chômage, l'Etat a mieux à dépenser que de creuser des déficits qui accentuent la détresse de beaucoup.

Heureusement, pour se motiver en cette sombre période, il y a le café :


Le Cafe
envoyé par nicop

vendredi 3 avril 2009

Un maire de notre époque

Daniel Vachez est élu depuis 1977 et maire de Noisiel depuis 1980. On pourrait légitimement penser qu'après tant d'années passées à la tête de la commune, il pourrait souffrir d'une forme de vieillissement de la pensée et des idées.

Un de mes profs, à la fac, avait coutume de dire qu'un individu avait des idées à la mode à trente ans, après avoir lu les ouvrages de précurseurs à vingt ans, et qu'il devenait ringard à quarante ou cinquante ans.

Pourtant, en écoutant l'intervention de Daniel Vachez lors des Assises du Développement durable de Marne-la-Vallée, qui ont eu lieu le 5 février dernier, on est presque surpris par le vocabulaire employé. "Facteur 4", "Réduction de l'empreinte écologique", "Géothermie", "Isolation par l'extérieur", autant de termes -et j'en passe- qui lui étaient totalement inconnu il y a encore deux ou trois ans. Quand je suis devenu conseiller municipal à Noisiel en 2001, Daniel Vachez n'avait intégré aucun élément du vocabulaire des écologistes, et donc aucun élément de la pensée verte.

Effet Grenelle de l'environnement ? Diffusion dans la société de nos idées ? Peu importe, le fait est là : il sait parler écolo, au moins en partie.

Pourtant, passé le premier effet, il y a comme un malaise.

Les actes n'ont absolument pas suivi l'évolution des mots. Quelques exemples ci-dessous :

- en 2005, une école a fermé et a été transformée en Maison de l'enfance. Dans aucun cahier des charges de travaux ne figure la moindre exigence, ni la moindre mention de critères de qualité environnementale, ni dans la conception du bâtiment, dans son isolation, ni dans la gestion de l'eau, ni dans les économies d'énergies, etc...

- vient d'être inauguré un énième rond-point, qui a coûté la modique somme de 400 000 euros, officiellement destiné à "sécuriser" le passage des voitures. Dans les faits, il ne ralentit rien du tout, hormis les bus, et à obligé à supprimer la piste cyclable sur trente mètres.

- le quartier de la Ferme du Buisson connaît la construction de 250 logements, dont la moitié est terminée depuis moins d'un an. Aucun de ces nouveaux bâtiments n'a fait preuve d'un traitement écologique dès la conception. Ils se contentent de respecter la norme d'isolation en vigueur aujourd'hui, norme qui sera abaissée un peu en 2012 ! Ces logements seront donc énergétiquement obsolètes dans trois ans ! Du neuf ringard en moins de cinq ans, c'est un exploit !

- alors que le plan de déplacements local est en cours d'achèvement, aucune initiative n'a été prise en matière de plan de déplacement administratif (hors de nombreux agents habitent sur le secteur, et pourrait venir travailler autrement qu'avec leur véhicule individuel). Au lieu de celà, le maire a inauguré un magnifique parking, qui a coûté environ 7 500 euros la place ! Et je ne parle pas du blocage du projet de réaménagement de la gare et ses alentours...

- en matière de développement économique, on continue les bonnes vieilles recettes, avec la création de la ZAC de Lamirault à Croissy-Beaubourg, qui accueillera les mêmes activités écologiquement non-durables que les autres zones, tandis qu'à Sénart, ce sont 5 000 emplois qui se créent sur l'Ecopôle, une zone d'activités entièrement consacrée aux éco-activités (panneaux solaires, artisanat de l'isolation...) et au commerce du bio.

- dans le budget 2009 de la commune, 200 000 euros sont prévus pour les économies d'énergie. On pourrait croire au traitement de certains bâtiments pour les rendre moins énergivores (la ville dépense chaque année 800 000 euros en eau, électricité, gaz et carburant). Non, il ne s'agit essentiellement que de l'installation de cellule pour permettre aux lumières de ne s'allumer uniquement en présence de personnes. C'est une bonne chose, mais on attendait plutôt une politique globale.

- les réseaux d'éclairages publics sur les grands axes sont progressivement rénovés. C'est bien, mais on continue d'éclairer certains parkings municipaux fermés la nuit !

Je pourrais continuer les exemples pendant des pages et des pages. La leçon de tout celà est simple. Il ne suffit pas d'adopter un langage à la mode. Il ne suffit de dire que la planète va mal. Il ne suffit même pas de dire ce qu'il faudrait faire. Quand on est en position d'agir, il faut agir, en se donnant les moyens de le faire.

Daniel Vachez est un homme sincère. Il a intégré que les enjeux climatiques, énergétiques étaient importants. Mais il n'a pas saisi combien nous allions devoir changer pour être à la hauteur. Il n'a pas saisi que les aménagements à la marge seraient dérisoires.

Le slogan de la campagne des Verts en 2007 était "La Révolution écologique : on ne fera pas d'écologie sans les écologistes". Tristement toujours d'actualité...


jeudi 2 avril 2009

Impressions rapides du meeting de Torcy avec Alain Lipietz et Eva Joly

Une impression générale d'énorme qualité des intervenants, et de pertinence extrême des propos. Quand le diagnostic partagé PS-UMP essaie de nous vendre une relance de la croissance, la droite par les investissements, la gauche par la consommation, Europe Ecologie propose une sortie de crise différente.

Alain Lipietz a osé prononcer le terme "d'économie de guerre", en expliquant que la conversion d'une économie à un système différent, ça pouvait être long comme très rapide. Pointant la faiblesse possible du discours des écologistes (par exemple, en isolant les logements aujourd'hui, on fait des économies demain) pour faire face aux urgences des plus démunis, il a posé le problème de manière très précise, en prenant l'exemple de l'industrie automobile.

En 1942, les Etats-Unis ont réussi à convertir leurs chaînes de montage en quatre mois à peine, pour passer de la production de voitures individuelles à celle de bombardier ou de tanks. Dans le cadre d'une économie de guerre, bien sûr. Mais en-sommes-nous véritablement si loin ? Lisez la série de billets que Franck a écrit récemment sur la situation environnementale, économique et diplomatique mondiale, en vous en douterez peut-être moins.

Et Alain Lipietz de poursuivre en exposant une évidence simple : les chaînes de montage de voitures produisent aussi des bus, aujourd'hui. Créer des lignes de bus supplémentaires, ou augmenter le nombre de bus sur les lignes déjà existantes, ça prend quelques mois à peine, puisqu'il n'y a pas besoin de travaux lourds d'infrastructures. En faisant celà, le chômage technique des ouvriers de l'automobile serait résolu par le remplissage des carnets de commandes d'une entreprise qui n'aura ni changé de nom, ni changé de lieu, ni changé de but.

Eva Joly nous a ravi de la qualité, de la sincérité de son exposé. Autant le dire, c'est un ravissement, et un saisissement de l'entendre raconter comment les riches pillent la planète à travers le commerce des matières premières, profitant de l'opacité du système financier et des paradis fiscaux.

Eva Joly à Monaco !

 

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