Je suis retombé presque par hasard sur ce blogueur qui avait agressé débattu avec Franck il y a quelques mois. Constatant la "montée" de son leader maximo, il se prend à rêver tout haut à la qualification d'OB (Olivier Besancenot, pour les intimes) au second tour de l'élection présidentielle de 2012 ! Pas moins que ça !

Franchement, c'est un peu comme les gens qui s'esbaudissaient il y a encore quelques mois en répétant, l'air mi-inquiet, mi-rêveur, que "Sarkozy, il est trop fort". Il y a désormais les "Besancenot, quelle ascension !"

Sauf que derrière l'image marketing, construite patiemment depuis 2002 à l'aide de communicants bien payés et efficaces, il y un homme public qui, étonnamment, n'hésite pas à dire tout haut des choses qui, sur le terrain politique, ne se dise pas.

Besancenot, briseur de tabous ?

Oui, assurément. Quand on réécoute son dernier passage sur France Inter, le 5 février dernier, on est abasourdi de tant de franchise !

Demorand : Le NPA sera un parti de gouvernement ?

Besancenot : Le NPA a pour fonction de changer d'échelle. C'est à dire de montrer dans la gauche radicale que l'on est pas condamné éternellement à être minoritaire et à porter des majorités d'idées. Si ces idées un jour deviennent majoritaires, qu'elles soient appliquées, donc qu'elles gouvernent, mais pas dans le cadre des institutions actuelles. Tous les partis de gauche qui ont essayé de mettre les mains "dans le cambouis" du pouvoir dans le cadre des institutions actuelles ont fini par faire des politiques de droite. Pas parce qu'ils étaient malintentionnés à la base, mais parce que dans le cadre des institutions actuelles le pouvoir est entre les mains des institutions économiques.

Demorand : Donc vous ne récusez pas l'idée que le NPA est un parti de gouvernement.

Besancenot : Pas dans le cadre des institutions actuelles. Maintenant on n'est pas des loosers ! On a envie que nos idées voient le jour, mais pas...

Demorand : Exercer le pouvoir politique, donc ?...

Besancenot : Mais pas ce pouvoir là, c'est important de bien comprendre. Pour nous le changement que l'on préconise ne peut pas venir de la bonne combinaison de majorités parlementaires.

Notre ami blogueur de "CSP" aura beau s'énerver que l'on cherche à diaboliser le NPA et son chef médiatique, il n'empêche que les choses sont dites très clairement. La stratégie du NPA est de devenir un parti majoritaire à lui tout seul, pour gouverner sans combinaisons parlementaires.

Pour avoir étudié ces questions durant mes dernières années d'études, je peux vous révéler un scoop. Dans aucune démocratie d'aucun pays du monde sur les cinquante dernières années, un parti politique n'a gouverné après avoir obtenu plus de 50% des voix aux élections parlementaires au premier tour. En France, l'UMP, en 2007, a réalisé 42% des suffrages, un niveau extrêmement élevé, même pour la droite. Seul l'UDR aux élections de 1967 avait réussi cette performance. Jamais aucun parti de gauche, fût-il timoré, fût-il radical, fût-il conduit par un leader ultra-charismatique, n'a dépassé les 36% du PS au premier tour des législatives de 1981. Comment imaginer, dans ces conditions, gouverner sans prendre part à une coalition parlementaire ? A moins de considérer que le Parlement est une instance bourgeoise uniquement défenseur des intérêts de sa classe, si l'on croit à la démocratie représentative, qui est incontournable, même en développant massivement les instances de démocratie directe, un parti ne doit pas craindre de se mettre d'accord sur un programme commun.

Je crois même qu'une coalition parlementaire est une forme d'alliance politique saine. On connaît finalement peu, en France, de coalitions nationales, du fait du mode de scrutin majoritaire, qui permet aux deux plus gros partis, même à 25% des suffrages au premier tour, de qualifier ses candidats pour le second tour. La majorité parlementaire actuelle, c'est 45% au premier tour des législatives de 2007. La "gauche plurielle" de 1997 n'avait pas atteint les 40% au premier tour. Les pays appliquant la proportionnelle sont beaucoup mieux représentatifs, évidemment. Ce qui oblige à la construction de majorités d'idées, autour d'un consensus. Les Suisses sont connus pour leur goût du consensus, et pour leur respect des minorités et des oppositions. Sont-ils pourtant moins bien gouvernés que nous ?

L'autre idée frappante, quand on relit les propos d'Olivier Besancenot, c'est ce martèlement de l'expression "dans le cadre des institutions actuelles". Je fais partie des gens qui pensent que nos institutions doivent être réformées en profondeur. Mais je reconnais aussi une légitimité aux institutions actuelles. Après tout, la Constitution de la Vème République a été approuvée par le Peuple Français lui-même par référendum. Et la gauche dite radicale nous rabâche assez depuis le 29 mai 2005, combien la parole du peuple, lors de référendum, est importante ! Ce qui signifie que pour prétendre modifier les institutions de la Vème République, il faut passer dans un premier temps par elles. Je n'identifie pas d'autres moyens de les changer. Ou alors ce ne sont pas des moyens démocratiques...